TRAFFIC et ses partenaires renforcent l’approche “Follow-the-Money” pour lutter contre la criminalité liée aux espèces sauvages à Madagascar
Le commerce illégal d’espèces sauvages (CIES) génère des profits considérables, souvent blanchis par le biais de réseaux financiers complexes. Pour démanteler les réseaux criminels et combattre la corruption associée, il est nécessaire de renforcer les capacités des autorités à détecter et retracer les flux financiers illicites.
À Madagascar, la grande majorité des infractions liées au CIES ne font pas l’objet d’enquêtes financières. En conséquence, ceux qui tirent profit de ces crimes échappent largement aux poursuites, tandis que les saisies et les recouvrements d’avoirs restent rares.
La faiblesse des contrôles financiers permet à la criminalité liée aux espèces sauvages de demeurer très lucrative et peu risquée. Dans les cas où des enquêtes financières sont menées, celles-ci aboutissent rarement à la condamnation des commanditaires et au recouvrement des avoirs.
Sans enquêtes financières approfondies ni mesures efficaces de recouvrement des avoirs, la criminalité liée aux espèces sauvages continuera de prospérer à Madagascar et ailleurs. »
Hanitra Ralivololona, experte juridique chez TRAFFIC
Pour remédier à ce problème, TRAFFIC, le Service de Renseignements Financiers (SAMIFIN) et l’Agence de Recouvrement des Avoirs Illicites (ARAI) ont développé ensemble des contenus de formation destinés aux enquêteurs et aux procureurs. Leur objectif est de faire de l’enquête financière un réflexe opérationnel dès les premières étapes des procédures.
Dans un premier temps, TRAFFIC, SAMIFIN et l’ARAI ont réuni en juin 2026 un noyau d’une vingtaine de formateurs issus de huit entités et ministères concernés, comprenant des enquêteurs et des procureurs. Pendant trois jours, les élèves formateurs se sont exercés à diriger des formations pour renforcer les capacités des agents en matière de détection des indices financiers, d’exploitation des preuves, d’analyse des flux, de coopération internationale, ainsi que de gel, saisie, confiscation et recouvrement des avoirs.
Dans le sillage de de cette formation, une centaine de procureurs et d’enquêteurs issus de plusieurs agences (Ministère de la Justice, Police, Gendarmerie, Douanes, Ministère de l’Environnement, Ministère de la Pêche, et Bureau Indépendant Anti-Corruption) bénéficieront de formations en juillet 2026 dans le cadre de trois ateliers “Follow-the-Money”.
À travers des cas pratiques, des simulations et des exercices d’analyse, les participants renforceront leur capacité à détecter les indices financiers, retracer les paiements suspects et documenter les avoirs issus du trafic.
La formation nous pousse à ne plus nous arrêter aux marchandises saisies, mais à explorer aussi la dimension financière du dossier. »
Pierre Olivia Andrisoa, Chef de Service Régional de la Police Économique au sein de la Police Nationale.
Les ateliers mettent également l’accent sur l’importance de la collaboration inter-agences au cours des enquêtes et des procédures de recouvrement d’avoirs. La faiblesse de la coopération interinstitutionnelle, combinée à des capacités d’enquête limitées, empêche la détection précoce des flux financiers illicites et permet aux criminels de continuer à exploiter le système financier en relative impunité.
La coordination est essentielle face à des réseaux organisés qui combinent transport, commerce, moyens de paiement, intermédiaires et dissimulation patrimoniale.
En privant les réseaux criminels de leurs profits, on réduit leur capacité à poursuivre le trafic.»
Navalona Razafindrakoto, Chef du Service du Recouvrement au sein de l’Agence de Recouvrement des Avoirs Illicites (ARAI)TRAFFIC espère que ces formations faciliteront le recours régulier aux enquêtes financières et l’acquisition d’un véritable « réflexe » financier par les enquêteurs et procureurs à Madagascar.
Notes:
Les activités susmentionnées sont mises en œuvre par TRAFFIC, avec le financement de l'Union européenne dans le cadre du projet GUARD Wildlife – ‘Global United Action to Reduce and Dismantle Wildlife Crime’. GUARD Wildlife vise à réduire le trafic international d'espèces sauvages et de produits forestiers, en mettant l'accent sur les réseaux criminels organisés. Dirigé par l'ONUDC, le projet est mis en œuvre grâce à un partenariat étroit entre les membres du Consortium international de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages (ICCWC) et des organisations de la société civile, dont TRAFFIC.





