Prévalence du braconnage et du trafic des espèces sauvages dans le paysage Garamba-Bili-Chinko en Afrique centrale 
Friday, December 8, 2017 at 5:01
TRAFFIC in Contrebande en Afrique, ivory, smuggling in Africa

© The ENOUGH Project

Selon un nouveau rapport de TRAFFIC, des groupes armés étrangers, notamment l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), les Janjaweeds (une milice soudanaise) et d’autres milices non-étatiques, sont les principaux auteurs du braconnage et du trafic des espèces sauvages dans le paysage Garamba-Bili-Chinko en Afrique centrale, une région allant de la frontière nord-ouest de la République démocratique du Congo à la frontière sud-ouest de la République centrafricaine.

Downoad the full report An assessment of poaching and wildlife trafficking in the Garamba-Bili-Chinko transboundary landscape

L’enquête sur le braconnage et le trafic d’espèces sauvages dans ce paysage—qui comprend le complexe de la Garamba et le complexe de Bili en République démocratique du Congo et la réserve de Chinko en République centrafricaine—révèle la pression énorme exercée sur les populations d’espèces sauvages dans ces aires protégées, en particulier de la part de groupes armés bien organisés et liés à des violations des droits humains et à l’instabilité politique persistante.

Le rapport intitulé «  Une évaluation du braconnage et du trafic d’espèces sauvages dans le paysage transfrontalier Garamba-Bili-Chinko », établi par TRAFFIC, avec un travail sur le terrain effectué par l’UICN dans le cadre du Projet  Wildlife TRAPS (projet de lutte contre le trafic d’espèces de faune et de flore sauvages, d’évaluation et de sélection des priorités), financé par l’USAID, est le résultat d’études et de discussions auprès de 87 villages locaux avec la participation de plus de 700 personnes,  notamment d’autorités administratives, de chefs traditionnels et de forces de l’ordre. Les auteurs ont enquêté sur la chasse, le braconnage et le trafic à différents niveaux—de la chasse de subsistance au braconnage organisé et à la contrebande à grande échelle—tout en évaluant les moyens de subsistance et les opportunités économiques des villageois et des éleveurs nomades.

Le rapport constate que le braconnage est répandu dans toute la région et que ses principaux auteurs sont des groupes armés non-étatiques, des acteurs étatiques, des éleveurs armés et des braconniers indépendants.


Les communautés environnantes exercent également une pression sur les populations locales de faune sauvage dans tout le paysage. La chasse est une source de revenus pour les personnes qui vivent autour des aires protégées. Près de 20 % des hommes dans le nord-est de la RDC admettent qu’ils pratiquent le braconnage à petite échelle.  Le manque de clarté, d’information et d’application des lois en matière de braconnage et de chasse fragilisent davantage des populations d’espèces menacées et déjà en déclin, comme les éléphants et les chimpanzés.

« Cette région est sans doute l’une des plus isolées et sous-développées du continent », déclare Liz Williamson, l’un des auteurs du rapport. « L’absence de gouvernance et de maintien de l’ordre a fait des communautés locales et des espèces sauvages des cibles faciles pour l’exploitation par des groupes armés, tandis que le commerce illégal des espèces sauvages renforce l’instabilité dans le paysage ».

Les résultats du rapport sont accompagnés de 20 recommandations à l’intention des gouvernements régionaux, des groupes de conservation et de la communauté des bailleurs afin de réduire la menace du braconnage et du trafic.  Ces recommandations comprennent des méthodes de renforcement de l’application des lois, d’appui aux communautés locales et aux conditions économiques, de collaboration avec les communautés d’éleveurs et d’amélioration de la collaboration transfrontalière pour la conservation. Le rapport décrit aussi des mesures positives prises par des organisations non-gouvernementales et des agences gouvernementales dans la région, en particulier les efforts essentiels de surveillance et de maintien de l’ordre entrepris par les gardes des parcs et la collaboration positive entre le personnel des parcs et les communautés environnantes.  Près de 70 % des populations locales interrogées autour de la Garamba affirment entretenir de bonnes relations avec le personnel du parc, et 80 % autour de Bili.

"Ce rapport fournit des informations importantes sur le braconnage et le trafic de la faune sauvage dans le Parc Africain Garamba-Bili-Chinko. Il souligne le besoin évident pour les gouvernements, les ONG et d'autres acteurs de travailler ensemble en tant que réseau mondial de conservation pour arrêter le massacre de la faune sauvage dans cette région ", déclare Leonard Usongo de l'UICN et co-auteur du rapport.

« Un travail remarquable est réalisé sur le terrain dans toute la région, mais des efforts restent à faire pour appuyer ces actions et les communautés locales dans la lutte contre un braconnage qui alimente la corruption et déstabilise la région », déclare Paulinus Ngeh, directeur du bureau régional de TRAFFIC en Afrique centrale.

Les États d’Afrique centrale ont pris des engagements contre le braconnage et le commerce illégal des espèces sauvages dans le cadre de la CITES [1], de la Stratégie africaine commune sur la faune et la flore sauvages, du Plan de convergence de la Commission des forêts d’Afrique centrale et d’autres stratégies régionales, ainsi que dans les instances des Nations Unies de lutte contre la corruption.

« Les gouvernements ont pris des engagements fermes pour combattre le braconnage généralisé dans le paysage Garamba-Bili-Chinko ; ils ont désormais besoin de moyens pour donner suite à ces engagements et apporter la paix et la stabilité dans cette région troublée du monde », déclare Ngeh.


 

À propos de l’UICN
UICN - L’union internationale pour la conservation de la nature est une union de membres composée uniquement de gouvernements et d’organisations de la société civile. Elle offre aux organisations publiques, privées et non-gouvernementales les connaissances et les outils nécessaires pour que le progrès humain, le développement économique et la conservation de la nature se réalisent en harmonie.  

À propos de Wildlife TRAPS
Le Projet Wildlife TRAPS (projet de lutte contre le trafic d’espèces de faune et de flore sauvages, d’évaluation et de sélection des priorités), financé par l’USAID, est une initiative dont le but est d’assurer un changement dans le niveau de coopération au sein de la communauté internationale des parties prenantes qui subissent les effets pervers du commerce illégal de la faune et de la flore sauvages entre l’Afrique et l’Asie. Le projet est destiné à sensibiliser les parties prenantes au caractère réel de ce commerce illégal et à l’ampleur des mesures nécessaires afin d’établir des priorités, d’identifier les points d’intervention et de mettre à l’essai des démarches non-traditionnelles avec les partenaires du projet.

À propos de l’USAID
L’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) est chargée de fournir la majeure partie de l’aide au développement apportée par le gouvernement des États-Unis à l’étranger.  Elle agit dans le but de mettre fin à l’extrême pauvreté et de promouvoir des sociétés démocratiques fortes, tout en œuvrant en faveur de la sécurité et de la prospérité des États-Unis et du monde entier.

[1] La CITES est la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction.

Selon un nouveau rapport de TRAFFIC, des groupes armés étrangers, notamment l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), les Janjaweeds (une milice soudanaise) et d’autres milices non-étatiques, sont les principaux auteurs du braconnage et du trafic des espèces sauvages dans le paysage Garamba-Bili-Chinko en Afrique centrale, une région allant de la frontière nord-ouest de la République démocratique du Congo à la frontière sud-ouest de la République centrafricaine.

L’enquête sur le braconnage et le trafic d’espèces sauvages dans ce paysage—qui comprend le complexe de la Garamba et le complexe de Bili en République démocratique du Congo et la réserve de Chinko en République centrafricaine—révèle la pression énorme exercée sur les populations d’espèces sauvages dans ces aires protégées, en particulier de la part de groupes armés bien organisés et liés à des violations des droits humains et à l’instabilité politique persistante.

Le rapport intitulé «  Une évaluation du braconnage et du trafic d’espèces sauvages dans le paysage transfrontalier Garamba-Bili-Chinko », établi par TRAFFIC, avec un travail sur le terrain effectué par l’UICN dans le cadre du Projet  Wildlife TRAPS (projet de lutte contre le trafic d’espèces de faune et de flore sauvages, d’évaluation et de sélection des priorités), financé par l’USAID, est le résultat d’études et de discussions auprès de 87 villages locaux avec la participation de plus de 700 personnes,  notamment d’autorités administratives, de chefs traditionnels et de forces de l’ordre. Les auteurs ont enquêté sur la chasse, le braconnage et le trafic à différents niveaux—de la chasse de subsistance au braconnage organisé et à la contrebande à grande échelle—tout en évaluant les moyens de subsistance et les opportunités économiques des villageois et des éleveurs nomades.

Le rapport constate que le braconnage est répandu dans toute la région et que ses principaux auteurs sont des groupes armés non-étatiques, des acteurs étatiques, des éleveurs armés et des braconniers indépendants.

 

v  Groupes armés non-étatiques : Des groupes armés étrangers, y compris la LRA, les Janjaweeds et d’autres milices non-étatiques, sont les principaux auteurs du braconnage et du trafic dans le paysage. Ils ciblent les grands mammifères, notamment les bongos, les buffles, les éléphants et les hippopotames. En particulier, la LRA exerce une pression énorme sur les populations d’éléphants depuis une décennie. En 2015, des organismes de veille ont signalé que Joseph Kony, le chef de la LRA, avait demandé à un groupe de combattants de la LRA d’obtenir 100 défenses d’éléphant dans le complexe de la Garamba, sur une période de neuf mois.

 

v  Acteurs étatiques : La corruption dans la région constitue un obstacle majeur à l’application des lois. Les autorités nationales et locales, y compris les Forces armées de la RDC (FARDC), ont été impliquées directement dans le braconnage ou ont facilité le braconnage et le trafic. Selon certaines rumeurs, des leaders et des chefs locaux ont augmenté leur participation dans les activités illégales depuis que la guerre civile touche la région. En revanche, des rapports sur la situation sur le terrain indiquent que le braconnage par les soldats des FARDC a diminué ces dernières années grâce à une collaboration plus étroite avec les autorités des parcs.

 

v  Éleveurs armés : Certains éleveurs Fulani nomades de bétail représentent une grave menace pour les espèces sauvages dans le paysage. Il est avéré que les Fulani et les Mbororo (un sous-groupe Fulani), souvent lourdement armés pour leur protection, tuent des élands de Derby et des buffles pour les vendre comme viande de brousse et empoisonnent des prédateurs, tels que les lions, pour prévenir les attaques contre leur bétail. Il a aussi été signalé que les Fulani sont impliqués dans le trafic transfrontalier de produits fauniques, comme l’ivoire et la peau de léopard, principalement vers le Sud-Soudan et l’Ouganda.

 

v  Braconniers indépendants : Selon des informateurs clés, un réseau indépendant et militarisé de braconnage cible les grands mammifères, notamment les bongos, les buffles, les éléphants et les hippopotames, dans les aires protégées. Ces braconniers vendent la viande à des individus et à des restaurants dans les villes et les villages périphériques et transportent les produits de valeur, comme l’ivoire, les peaux et d’autres trophées, vers les grandes municipalités pour continuer de financer le braconnage. Ce groupe est constitué d’acteurs locaux et étrangers, armés d’armes semi-automatiques.

 

Les communautés environnantes exercent également une pression sur les populations locales de faune sauvage dans tout le paysage. La chasse est une source de revenus pour les personnes qui vivent autour des aires protégées. Près de 20 % des hommes dans le nord-est de la RDC admettent qu’ils pratiquent le braconnage à petite échelle.  Le manque de clarté, d’information et d’application des lois en matière de braconnage et de chasse fragilisent davantage des populations d’espèces menacées et déjà en déclin, comme les éléphants et les chimpanzés.

 

« Cette région est sans doute l’une des plus isolées et sous-développées du continent », déclare Liz Williamson, l’un des auteurs du rapport. « L’absence de gouvernance et de maintien de l’ordre a fait des communautés locales et des espèces sauvages des cibles faciles pour l’exploitation par des groupes armés, tandis que le commerce illégal des espèces sauvages renforce l’instabilité dans le paysage ».

 

Les résultats du rapport sont accompagnés de 20 recommandations à l’intention des gouvernements régionaux, des groupes de conservation et de la communauté des bailleurs afin de réduire la menace du braconnage et du trafic.  Ces recommandations comprennent des méthodes de renforcement de l’application des lois, d’appui aux communautés locales et aux conditions économiques, de collaboration avec les communautés d’éleveurs et d’amélioration de la collaboration transfrontalière pour la conservation. Le rapport décrit aussi des mesures positives prises par des organisations non-gouvernementales et des agences gouvernementales dans la région, en particulier les efforts essentiels de surveillance et de maintien de l’ordre entrepris par les gardes des parcs et la collaboration positive entre le personnel des parcs et les communautés environnantes.  Près de 70 % des populations locales interrogées autour de la Garamba affirment entretenir de bonnes relations avec le personnel du parc, et 80 % autour de Bili.

 

« Un travail remarquable est réalisé sur le terrain dans toute la région, mais des efforts restent à faire pour appuyer ces actions et les communautés locales dans la lutte contre un braconnage qui alimente la corruption et déstabilise la région », déclare Paulinus Ngeh, directeur du bureau régional de TRAFFIC en Afrique centrale.

 

Les États d’Afrique centrale ont pris des engagements contre le braconnage et le commerce illégal des espèces sauvages dans le cadre de la CITES [1], de la Stratégie africaine commune sur la faune et la flore sauvages, du Plan de convergence de la Commission des forêts d’Afrique centrale et d’autres stratégies régionales, ainsi que dans les instances des Nations Unies de lutte contre la corruption.

 

« Les gouvernements ont pris des engagements fermes pour combattre le braconnage généralisé dans le paysage Garamba-Bili-Chinko ; ils ont désormais besoin de moyens pour donner suite à ces engagements et apporter la paix et la stabilité dans cette région troublée du monde », déclare Ngeh.

 

 

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POUR PLUS D’INFORMATIONS :

Consulter la version intégrale du rapport : ttp://www.traffic.org/storage/Garamba-Bili-Chinko.pdf

Consulter le résumé exécutif (en anglais) : http://www.traffic.org/storage/Garamba-Bili-Chinko-summary-EN.pdf

Consulter le résumé exécutif (en français) : http://www.traffic.org/storage/Garamba-Bili-Chinko-summary-FR.pdf

 

Référence du rapport :

Ondoua Ondoua, G., Beodo Moundjim, E., Mambo Marindo, J.C., Jiagho, R., Usongo, L. and Williamson, E.A. (2017). An assessment of poaching and wildlife trafficking in the Garamba-Bili-Chinko transboundary landscape. TRAFFIC.

 

À propos de TRAFFIC

TRAFFIC, le réseau de surveillance du commerce de la flore et de la faune sauvages, est la principale organisation non gouvernementale à l’échelle mondiale se consacrant à l’encadrement du commerce des animaux et des plantes sauvages dans un contexte marqué à la fois par les enjeux de conservation de la biodiversité et du développement durable.

TRAFFIC travaille en collaboration étroite avec ses organisations fondatrices, l’UICN et WWF, en apportant une contribution critique à la réalisation de leurs objectifs de conservation, à travers un partenariat unique qui combine les atouts considérables de ces deux grandes organisations internationales de conservation. www.traffic.org

 

À propos de l’UICN

UICN - L’union internationale pour la conservation de la nature est une union de membres composée uniquement de gouvernements et d’organisations de la société civile. Elle offre aux organisations publiques, privées et non-gouvernementales les connaissances et les outils nécessaires pour que le progrès humain, le développement économique et la conservation de la nature se réalisent en harmonie.  

 

À propos de Wildlife TRAPS

Downoad the full report An assessment of poaching and wildlife trafficking in the Garamba-Bili-Chinko transboundary landscape

Le Projet Wildlife TRAPS (projet de lutte contre le trafic d’espèces de faune et de flore sauvages, d’évaluation et de sélection des priorités), financé par l’USAID, est une initiative dont le but est d’assurer un changement dans le niveau de coopération au sein de la communauté internationale des parties prenantes qui subissent les effets pervers du commerce illégal de la faune et de la flore sauvages entre l’Afrique et l’Asie. Le projet est destiné à sensibiliser les parties prenantes au caractère réel de ce commerce illégal et à l’ampleur des mesures nécessaires afin d’établir des priorités, d’identifier les points d’intervention et de mettre à l’essai des démarches non-traditionnelles avec les partenaires du projet.

 

À propos de l’USAID

L’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) est chargée de fournir la majeure partie de l’aide au développement apportée par le gouvernement des États-Unis à l’étranger.  Elle agit dans le but de mettre fin à l’extrême pauvreté et de promouvoir des sociétés démocratiques fortes, tout en œuvrant en faveur de la sécurité et de la prospérité des États-Unis et du monde entier. 

Article originally appeared on TRAFFIC (http://www.traffic.org/).
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